Article écrit par Équipe Marketing

Combien toucherai-je à la retraite, et est-ce que cela suffira ? Pour y répondre, il n’est pas nécessaire de faire des projections compliquées. Il suffit de trois documents que l’on a déjà ou que l’on peut demander gratuitement, et d’un budget honnête. Voici la méthode, étape par étape : additionner la rente AVS et la rente LPP, estimer ses dépenses futures, puis mesurer l’écart.

Cet article est le troisième de notre série Prévoyance. Le précédent montrait à quels moments de la vie la prévoyance se joue. Celui-ci passe aux chiffres.

La méthode en quatre étapes

Étape Ce que l’on cherche Document ou outil
1. Le 1er pilier La rente AVS probable Extrait de compte individuel, calcul anticipé de la caisse de compensation
2. Le 2e pilier La rente LPP projetée Certificat de prévoyance annuel
3. Le besoin Ce que coûtera la vie à la retraite Budget actuel, ajusté poste par poste
4. L’écart La différence entre les deux Un calcul simple, par an et par mois

Le 3e pilier n’entre pas dans le revenu de base : il sert justement à combler l’écart. Nous y revenons à la fin.

Ce que les deux premiers piliers sont censés couvrir

La Constitution fixe un objectif à chacun des deux premiers piliers. Les rentes AVS doivent couvrir les besoins vitaux de manière appropriée (art. 112 Cst.). La prévoyance professionnelle doit permettre, avec l’AVS, de maintenir de manière appropriée le niveau de vie antérieur (art. 113 Cst.).

En pratique, l’AVS et la LPP réunies visent environ 60 % du dernier revenu pour un salaire moyen. Ce pourcentage baisse quand le salaire monte, parce que la rente AVS est plafonnée et que la LPP obligatoire ne couvre le salaire que jusqu’à 90’720 CHF en 2026. C’est pourquoi le calcul vaut la peine d’être fait personnellement : la moyenne ne dit rien de votre situation.

Étape 1 : estimer sa rente AVS

La rente AVS dépend de deux éléments : le nombre d’années cotisées et le revenu annuel moyen sur toute la carrière, bonifications pour tâches éducatives ou d’assistance comprises.

Les années cotisées. Une carrière complète compte 44 années de cotisation, de l’année qui suit le 20e anniversaire jusqu’à l’âge de référence. Chaque année manquante réduit la rente d’au moins 1/44. Le mémento AVS 3.01 sur les rentes de vieillesse détaille le calcul.

Le revenu moyen. En 2026, la rente simple va de 1’260 CHF par mois au minimum à 2’520 CHF au maximum, pour une carrière complète. Le maximum est atteint avec un revenu annuel moyen d’environ 90’720 CHF, revalorisé selon l’évolution des salaires et des prix. Pour un couple marié, les deux rentes sont plafonnées ensemble à 3’780 CHF par mois, soit 150 % de la rente maximale.

La 13e rente. À partir de décembre 2026, une 13e rente de vieillesse s’ajoute chaque année, égale à un douzième de la rente annuelle. Pour estimer son revenu AVS annuel, on multiplie donc la rente mensuelle par 13.

Comment l’obtenir. Deux démarches gratuites donnent une base solide :

  • L’extrait de compte individuel, à demander à sa caisse de compensation ou en ligne. Il liste les années cotisées et les revenus inscrits, et permet de repérer une lacune pendant qu’elle peut encore se rattraper. Notre article sur l’extrait de compte AVS explique comment le lire.
  • Le calcul anticipé de la rente, que la caisse de compensation établit sur demande. Il projette la rente à partir des inscriptions existantes, en supposant que le revenu actuel se poursuit jusqu’à la retraite.

À partir de 2027, les rentes passent à 1’280 CHF au minimum et 2’560 CHF au maximum par mois. L’AVS est en principe adaptée tous les deux ans à l’évolution des salaires et des prix, ce qui protège en partie son pouvoir d’achat pendant la retraite.

Étape 2 : lire sa rente LPP sur le certificat de prévoyance

Le certificat de prévoyance, envoyé chaque année par la caisse de pension, contient presque tout ce qu’il faut. Trois lignes comptent pour l’estimation.

  • L’avoir de vieillesse actuel, c’est-à-dire le capital accumulé à ce jour.
  • L’avoir de vieillesse projeté à l’âge de référence, calculé avec les cotisations futures et un taux d’intérêt hypothétique que le certificat précise.
  • La rente de vieillesse projetée, obtenue en appliquant le taux de conversion de la caisse à l’avoir projeté.

Le taux de conversion fait souvent la différence. La loi impose 6,8 % à 65 ans sur la part obligatoire de l’avoir (art. 14 LPP). Sur la part surobligatoire, ou sur l’ensemble de l’avoir quand la caisse applique un régime dit enveloppant, le taux est souvent plus bas. Un avoir de 500’000 CHF donne 34’000 CHF de rente annuelle à 6,8 %, et 29’000 CHF à 5,8 %.

Rente ou capital. Le certificat indique une rente, mais beaucoup de règlements permettent de retirer tout ou partie de l’avoir en capital. Pour l’estimation, la rente reste la mesure la plus simple à comparer avec un budget. Le choix entre rente et capital, et ses délais, sont traités dans notre guide LPP.

Deux points de vigilance. La projection suppose que le salaire et l’emploi restent les mêmes jusqu’à la retraite : un changement de poste, un temps partiel ou une période sans emploi la modifient. Et contrairement à l’AVS, la rente LPP de vieillesse n’est pas indexée par la loi : son adaptation au renchérissement dépend des moyens et des décisions de chaque caisse. Notre article sur le certificat de prévoyance reprend chaque rubrique en détail.

Si vous avez travaillé chez plusieurs employeurs, vérifiez qu’aucun avoir de libre passage n’est resté sur un compte séparé : il s’ajoute à l’avoir de la caisse actuelle.

Étape 3 : estimer son besoin réel

Le repère le plus souvent cité est de 70 à 80 % du dernier revenu pour garder un niveau de vie comparable. Il donne un ordre de grandeur, mais il ne remplace pas un budget. Le plus fiable est de partir de ses dépenses actuelles et de les ajuster poste par poste.

Ce qui baisse en général à la retraite :

  • les cotisations sociales prélevées sur le salaire (AVS, assurance-chômage, LPP, assurance accidents non professionnels), qui s’arrêtent avec l’activité lucrative ;
  • l’épargne de prévoyance, puisque les versements au 3e pilier prennent fin, sauf activité poursuivie ;
  • les frais liés au travail : transports, repas à l’extérieur, vêtements professionnels ;
  • parfois le logement, si l’hypothèque est amortie ou si l’on change de lieu de vie.

Ce qui reste ou augmente :

  • les primes d’assurance-maladie et les frais de santé non remboursés, qui tendent à croître avec l’âge ;
  • les impôts : les rentes AVS et LPP sont imposables à 100 % comme revenu (art. 22 LIFD), à l’impôt fédéral direct comme à l’impôt cantonal genevois ;
  • le temps libre : voyages, loisirs, aide aux enfants ou petits-enfants, surtout dans les premières années ;
  • l’entretien du logement, pour les propriétaires.

Le piège le plus fréquent est d’estimer le besoin à partir du salaire brut. C’est le revenu disponible, après cotisations et épargne, qu’il faut remplacer, et les impôts à la retraite doivent être ajoutés au budget.

Étape 4 : mesurer l'écart, avec un exemple

Exemple illustratif, arrondi, sans valeur de conseil.

Claire a 50 ans. Elle est salariée à Genève, célibataire, avec un salaire de 110’000 CHF brut par an et une carrière AVS complète.

Son revenu de retraite estimé, à 65 ans :

Source Calcul Par an
Rente AVS 2’520 CHF x 13 (rente maximale, valeurs 2026) 32’760 CHF
Rente LPP Avoir projeté de 520’000 CHF x 5,8 % (taux enveloppant de sa caisse) 30’160 CHF
Total 62’920 CHF

Ce revenu représente environ 57 % de son salaire brut actuel.

Son besoin estimé. En reprenant ses dépenses actuelles, sans les cotisations sociales, l’épargne 3a et les frais professionnels, mais avec les impôts sur ses rentes et une hausse de ses primes d’assurance-maladie, Claire arrive à 78’000 CHF par an.

L’écart. 78’000 CHF moins 62’920 CHF, soit environ 15’080 CHF par an, ou 1’257 CHF par mois. Sur vingt ans de retraite, cela représente un peu plus de 300’000 CHF à couvrir, hors rendement et hors inflation.

Ce chiffre est un point de départ. Il se réduit si Claire a déjà un avoir 3a ou une épargne libre, et il change si elle part plus tôt, retire une partie de son avoir LPP en capital ou passe à temps partiel avant 65 ans.

Les erreurs qui faussent l'estimation

  • Prendre la rente AVS maximale pour acquise. Une seule année manquante, un séjour à l’étranger ou plusieurs années à temps partiel suffisent à la réduire. Seul l’extrait de compte le dit.
  • Oublier le taux de conversion réel de sa caisse. Appliquer 6,8 % à tout l’avoir surestime la rente quand la caisse applique un taux enveloppant plus bas.
  • Ignorer le plafond couple. Deux rentes AVS maximales ne donnent pas 5’040 CHF par mois, mais 3’780 CHF.
  • Ne pas compter les impôts. Une rente brute de 5’000 CHF par mois ne laisse pas 5’000 CHF à dépenser.
  • Faire le calcul une seule fois. Chaque nouveau certificat, chaque changement d’emploi et chaque adaptation des rentes modifie le résultat. Le plus simple est de le refaire chaque année, à la réception du certificat.

Plus tôt l'écart est connu, plus il y a de leviers

Mesurer l’écart à 50 ans laisse quinze ans pour le réduire. À 60 ans, il en reste cinq, et certaines options se ferment : un rachat LPP doit précéder de trois ans tout retrait en capital des montants rachetés (art. 79b al. 3 LPP), et un retrait anticipé pour le logement n’est plus possible dans les trois ans qui précèdent la retraite.

Pour un dirigeant de PME, la question se pose aussi côté entreprise. Le salaire déclaré à la caisse de pension, le plan LPP choisi pour les cadres et les certificats remis chaque année à chaque collaborateur déterminent ce que chacun pourra estimer. Une erreur dans le salaire annoncé se retrouve dans toutes les projections, et dans la rente.

Après le chiffre, les moyens de combler l'écart

Une fois l’écart connu, plusieurs moyens existent pour le réduire : le 3e pilier lié, le rachat de cotisations LPP, l’épargne libre, ou un départ à la retraite décalé. Le prochain article de la série compare les deux premiers, qui offrent aussi une déduction fiscale : rachat LPP ou 3a, par quoi commencer avant le 31 décembre ?

Chez Synergix, deux services distincts peuvent accompagner les dirigeants de PME suisses sur ces sujets. L’externalisation comptable et paie couvre le quotidien opérationnel des entreprises, annonces aux caisses de pension et certificats de salaire compris. En parallèle, pour toute question fiscale individuelle (imposition des rentes, rachat LPP, retrait en capital), un spécialiste de notre pôle fiscal répond sur demande. Contactez-nous pour en discuter.

Restez Informés en Recevant nos Dernières Actualités, Articles et Évènements