Article écrit par Équipe Marketing
La prévoyance ne se décide pas une fois pour toutes. Elle se joue à quelques moments précis de la vie, souvent sans que personne ne le signale : un changement d’employeur, une pause, une mise à son compte, une naissance. Ce sont ces moments qui creusent une lacune ou l’évitent. Pour chacun, voici ce qui se joue, la règle qui s’applique et ce qu’il faut vérifier, dans l’ordre où ils arrivent.
Cet article est le deuxième de notre série Prévoyance. Le premier expliquait comment fonctionnent les trois piliers. Pour le détail de chaque pilier, nos guides AVS et LPP reprennent les règles une à une.
Les moments clés en un coup d'œil
| Moment | Ce qui peut se perdre | À vérifier |
|---|---|---|
| Premier emploi | Rien encore, mais tout commence | Affiliation LPP, premier certificat |
| Changement d’employeur | Un avoir LPP oublié | Transfert du libre passage |
| Temps partiel, plusieurs employeurs | L’affiliation LPP elle-même | Seuil par employeur, assurance facultative |
| Pause (études, voyage, sabbatique) | Une année AVS, l’épargne LPP, le 3a de l’année | Cotisation AVS de non-actif, extrait de compte |
| Mise à son compte | La couverture invalidité et décès | Affiliation facultative, plafond 3a |
| Couple, enfants, séparation | La protection des proches | Bénéficiaires LPP et 3a |
| Achat d’un logement | Une partie de la rente et des prestations de risque | Effet du retrait, rachat bloqué |
| 50 ans et après | Le temps pour agir | Lacunes rattrapables, rachats, délais de la caisse |
Le premier emploi : trois comptes s'ouvrent
Le premier contrat de travail ouvre, souvent sans que l’on s’en rende compte, trois éléments de prévoyance.
- L’AVS : les cotisations sont prélevées dès le 1er janvier qui suit le 17e anniversaire, sur chaque fiche de salaire. Chaque année cotisée compte pour la rente future.
- La LPP : l’affiliation à la caisse de pension de l’employeur devient obligatoire dès que le salaire annuel chez un même employeur dépasse 22’680 CHF en 2026 (23’040 CHF en 2027). Les risques d’invalidité et de décès sont couverts dès le 1er janvier qui suit le 17e anniversaire ; l’épargne retraite commence au 1er janvier qui suit le 24e anniversaire (art. 7 LPP).
- Le 3a : il devient possible dès qu’il existe un revenu soumis à l’AVS.
À vérifier : recevoir un certificat de prévoyance de la caisse de pension, et le conserver. C’est le premier document d’une série que l’on reçoit ensuite chaque année.
Le changement d'employeur : ne rien laisser derrière soi
À chaque départ, l’avoir LPP quitte l’ancienne caisse sous la forme d’une prestation de libre passage. Trois points se jouent à ce moment.
Le transfert. L’avoir doit être versé à la nouvelle caisse. Faute d’instruction, il est placé sur un compte de libre passage, puis transféré à l’institution supplétive au plus tôt six mois et au plus tard deux ans après la sortie (art. 4 LFLP). Les avoirs oubliés existent bel et bien : la Centrale du 2e pilier aide à les retrouver.
La couverture entre deux emplois. Après la fin du contrat, l’ancienne caisse couvre encore l’invalidité et le décès pendant un mois (art. 10 al. 3 LPP). Au-delà, sans nouvel employeur, cette couverture tombe.
La comparaison des plans. Deux caisses ne se valent pas. La nouvelle peut assurer une part plus large du salaire, appliquer des cotisations différentes, ou mieux couvrir l’invalidité et le décès. Un plan plus généreux crée souvent un potentiel de rachat, qui apparaît sur le premier certificat.
À vérifier : que le transfert a bien eu lieu, avec le décompte de sortie de l’ancienne caisse et le premier certificat de la nouvelle.
Le temps partiel et les emplois multiples : la lacune silencieuse
Le seuil d’entrée LPP s’apprécie employeur par employeur. Une personne qui travaille à 40 % pour deux employeurs peut gagner plus de 22’680 CHF au total sans être assurée à la LPP chez aucun des deux. La loi prévoit une issue : un salarié au service de plusieurs employeurs dont le salaire total dépasse le seuil peut se faire assurer à titre facultatif (art. 46 LPP). Encore faut-il le demander.
La déduction de coordination pèse aussi plus lourd sur un temps partiel : retranchée en entier d’un petit salaire, elle laisse un salaire assuré réduit. Certaines caisses l’adaptent au taux d’occupation, d’autres non.
C’est l’une des sources de lacune les plus fréquentes, et la moins visible : rien ne la signale sur la fiche de salaire.
À vérifier : l’affiliation auprès de chaque employeur, le salaire assuré qui figure sur le certificat, et, en cas de plusieurs emplois, l’assurance facultative.
La pause : études, voyage, chômage, année sabbatique
Une année sans activité lucrative laisse trois traces.
Côté AVS, l’obligation de cotiser continue pour les personnes sans activité lucrative dès le 1er janvier qui suit leurs 20 ans, sur la base de leur fortune et de leur revenu acquis sous forme de rente, avec une cotisation minimale de 530 CHF par an en 2026. Les étudiants sont concernés. Une personne mariée sans activité est réputée avoir cotisé si son conjoint actif a versé au moins le double de la cotisation minimale (art. 3 al. 3 LAVS). Une année sans cotisation se traduit par une lacune qui réduit la rente à vie, et qui ne peut être rattrapée que pendant cinq ans.
Côté LPP, l’avoir est versé sur un compte de libre passage et l’épargne retraite s’arrête. Pendant une période de chômage indemnisé, la couverture invalidité et décès est maintenue ; pendant une pause choisie, elle disparaît après le mois de couverture prolongée.
Côté 3a, une année sans revenu soumis à l’AVS ne permet aucun versement, ni rachat rétroactif ultérieur pour cette année-là.
À vérifier : commander son extrait de compte individuel AVS après toute pause, pendant que les années manquantes peuvent encore être rattrapées.
La mise à son compte : tout devient facultatif
Devenir indépendant change davantage la prévoyance que n’importe quel autre moment.
- L’AVS reste obligatoire, mais c’est l’indépendant qui la paie seul, sur son revenu net, selon un barème qui monte jusqu’à 10 %.
- La LPP devient facultative. Sans affiliation (caisse d’une association professionnelle ou institution supplétive), plus d’épargne retraite du 2e pilier et plus de couverture invalidité et décès de la caisse de pension.
- Le 3a change de plafond : sans caisse de pension, il peut aller jusqu’à 20 % du revenu net de l’activité, au maximum 36’288 CHF en 2026 (36’864 CHF en 2027).
La mise à son compte est aussi l’un des cas où l’avoir LPP peut être retiré en espèces pour financer l’activité (art. 5 LFLP), avec l’accord écrit du conjoint pour une personne mariée. Le 3a peut l’être aussi. Ce capital retiré ne sera plus là à la retraite.
À vérifier : comment les risques d’invalidité et de décès seront couverts dès le premier jour, avant même la question de l’épargne.
Le couple, les enfants et la séparation : protéger les autres
Se marier, vivre en concubinage ou avoir des enfants change moins sa propre retraite que la protection des proches.
Le mariage ouvre des droits automatiques : rente de veuve ou de veuf de l’AVS et de la LPP, sous conditions. Les rentes AVS des deux conjoints sont en revanche plafonnées ensemble à 150 % de la rente maximale.
Le concubinage n’ouvre aucun droit automatique. La loi permet aux caisses de pension de prévoir des prestations pour le partenaire de vie, en général après au moins cinq ans de ménage commun ou en présence d’un enfant commun à charge (art. 20a LPP). Encore faut-il que le règlement de la caisse le prévoie, et souvent que le partenaire ait été annoncé de son vivant. Pour le 3a, l’ordre des bénéficiaires peut aussi être adapté dans les mêmes conditions.
Les enfants ouvrent droit à des rentes d’orphelin de l’AVS et de la LPP en cas de décès d’un parent, jusqu’à 18 ans ou 25 ans en formation, et à des rentes pour enfant en cas d’invalidité. Les années où l’on élève des enfants de moins de 16 ans donnent aussi droit à des bonifications pour tâches éducatives dans le calcul de la rente AVS.
Le divorce partage en principe par moitié l’avoir LPP constitué pendant le mariage, et les revenus AVS des années de mariage sont répartis entre les deux ex-conjoints (splitting).
À vérifier : la désignation des bénéficiaires auprès de la caisse de pension et de l’établissement 3a, en particulier pour un couple non marié. Nous y reviendrons en détail dans un prochain article de la série.
L'achat d'un logement : un capital qui change de place
Le 2e pilier et le 3a peuvent financer l’achat d’un logement principal, par un retrait anticipé ou une mise en gage. Pour la LPP, le retrait est d’au moins 20’000 CHF, possible tous les cinq ans, et limité après 50 ans au plus élevé de deux montants : l’avoir à 50 ans ou la moitié de l’avoir au moment du retrait (art. 30c LPP). L’accord écrit du conjoint est requis.
Le capital retiré n’est plus dans la caisse de pension : les prestations de retraite, et selon le règlement les prestations d’invalidité et de décès, diminuent d’autant. Un rachat volontaire n’est ensuite possible qu’après remboursement du retrait.
À vérifier : l’effet du retrait sur sa rente future et sur la couverture des proches, demandé par écrit à la caisse avant de signer.
Les 50 ans : la dernière décennie pour agir
Autour de 50 ans, la retraite cesse d’être abstraite. C’est aussi le moment où les leviers sont les plus nombreux, et où le temps pour les utiliser commence à compter :
- les lacunes AVS des cinq dernières années peuvent encore être rattrapées ;
- les rachats LPP sont souvent les plus élevés, mais les prestations qui en résultent ne peuvent pas être retirées en capital pendant trois ans (art. 79b al. 3 LPP) ;
- les retraits du 3a et du capital LPP s’échelonnent sur plusieurs années pour être imposés séparément, ce qui se prépare longtemps à l’avance ;
- la question du capital ou de la rente doit être tranchée avant la retraite, dans un délai fixé par le règlement de la caisse, souvent un à trois ans avant ;
- dès 58 ans, un salarié licencié peut, sous conditions, rester assuré dans sa caisse de pension (art. 47a LPP).
À vérifier : une estimation de sa rente AVS et de ses prestations LPP, pour connaître l’écart à combler. Ce sera le sujet du prochain article de la série.
Et chaque année, deux rendez-vous
En dehors de ces moments de vie, deux dates reviennent chaque année :
- en début d’année, l’arrivée du certificat de prévoyance de la caisse de pension, qui permet de vérifier le salaire assuré, l’avoir, le potentiel de rachat et les prestations en cas d’invalidité ou de décès ;
- avant le 31 décembre, la date limite pour qu’un versement 3a ou un rachat LPP soit déduit des impôts de l’année.
Ce que coûte un moment manqué
Les erreurs de prévoyance ne se voient pas sur le moment. Elles apparaissent au calcul de la rente, quand il est trop tard pour les corriger.
- Une année de cotisation AVS manquante réduit la rente d’au moins 1/44 à vie, soit environ 57 CHF par mois sur la rente maximale de 2026 (2’520 CHF), ou près de 690 CHF par an. Passé cinq ans, elle ne se rattrape plus.
- Un avoir de libre passage oublié continue d’exister, mais il n’est pas pris en compte dans les calculs de rente de la nouvelle caisse et peut être difficile à retrouver des années plus tard.
- Un concubin non annoncé à la caisse de pension peut ne rien recevoir en cas de décès, malgré des années de vie commune.
- Un temps partiel non assuré pendant dix ans laisse un 2e pilier à zéro pour ces années, sans aucun signal sur les fiches de salaire.
Ordres de grandeur illustratifs : chaque situation dépend de la carrière, du règlement de la caisse et de l’état civil.
Côté employeur : des moments qui passent par la paie
Pour un dirigeant de PME, la plupart de ces moments ont un équivalent dans la paie de ses collaborateurs : une entrée à annoncer à la caisse de pension dès le premier jour, un temps partiel qui franchit ou non le seuil LPP, une sortie à déclarer pour que le libre passage parte au bon endroit, un salaire assuré à mettre à jour chaque 1er janvier, en 2027 avec un nouveau seuil d’entrée. Une annonce oubliée se découvre souvent bien plus tard, au moment où un collaborateur en a besoin, et c’est alors à l’employeur d’en répondre.
La prévoyance, une suite de rendez-vous
La prévoyance ne demande pas d’y penser tout le temps. Elle demande d’y penser au bon moment : à chaque changement d’emploi ou de situation, une fois par an à la réception du certificat, et sérieusement à partir de 50 ans. Le prochain article de la série répond à la question suivante : de combien aurai-je besoin à la retraite, et comment estimer l’écart à combler ?
Chez Synergix, deux services distincts peuvent accompagner les dirigeants de PME suisses sur ces sujets. L’externalisation comptable et paie couvre le quotidien opérationnel des entreprises, annonces aux caisses de pension et certificats de salaire compris. En parallèle, pour toute question fiscale individuelle (rachat LPP, échelonnement des retraits, prévoyance d’un indépendant), un spécialiste de notre pôle fiscal répond sur demande. Contactez-nous pour en discuter.