Article écrit par Équipe Marketing

PME exportatrice, ONG active à l’international, groupe avec des filiales en zone euro ou en dollars : dès qu’un flux financier implique une devise étrangère, le risque de change s’invite dans votre gestion. Souvent sous-estimé, parfois totalement ignoré, il peut pourtant grignoter silencieusement vos marges, vos budgets de projet ou vos fonds propres. Cet article vous aide à comprendre ses mécanismes, à identifier vos zones de vulnérabilité et à poser les bons réflexes pour protéger chaque franc. 

De quoi parle-t-on exactement ?

Le risque de change désigne la possibilité qu’une variation du cours d’une devise affecte la valeur de vos recettes ou de vos dépenses. Il se manifeste à chaque fois qu’un flux financier implique une monnaie autre que le franc suisse : paiement d’un fournisseur en euros, facturation d’un client en dollars, transfert de fonds vers un bureau terrain en monnaie locale, ou réception d’une subvention libellée en devise étrangère.

Ce risque concerne aussi bien les PME qui importent des composants ou exportent des produits, que les ONG qui financent des projets à l’étranger, ou les groupes d’entreprises qui consolident des filiales dans plusieurs zones monétaires. Le dénominateur commun : un décalage entre la devise dans laquelle vous planifiez et celle dans laquelle vous opérez.

Le franc suisse, une force qui peut devenir un fardeau

La Suisse bénéficie d’une monnaie structurellement forte. Sur le long terme, le franc s’apprécie face à la plupart des devises. C’est une excellente nouvelle pour le pouvoir d’achat des résidents suisses, mais c’est un défi permanent pour toute organisation dont les revenus ou les dépenses dépendent de monnaies étrangères.

L’épisode le plus marquant reste le 15 janvier 2015, lorsque la Banque nationale suisse a abandonné le taux plancher de 1,20 CHF pour 1 euro. En quelques heures, le franc s’est apprécié de près de 30 %. Les PME exportatrices ont vu leurs marges fondre du jour au lendemain. Les ONG basées à Genève ont dû amputer leurs budgets opérationnels. Le HCR a, par exemple, du réduire son budget mondial de 190 millions de dollars. Des organisations plus modestes ont été contraintes de geler des recrutements ou de réduire leurs activités sur le terrain.

Plus récemment, les politiques monétaires divergentes entre la BNS, la BCE et la Fed, les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques continuent de provoquer des mouvements de change significatifs. Pour une PME dont 40 % du chiffre d’affaires provient de la zone euro, une appréciation de 5 % du franc peut représenter l’équivalent de plusieurs postes ou d’un investissement reporté. Pour une ONG dont 70 % des dépenses se font en devises étrangères, c’est tout un volet de programme qui peut être amputé.

Les trois visages du risque de change

Le risque de transaction 

C’est le plus immédiat. Il apparaît entre le moment où un engagement est pris (commande, contrat, convention de financement) et le moment où le paiement est effectivement réalisé. Si le franc se renforce entre ces deux dates, la contre-valeur en CHF de vos recettes en devise diminue, ou le coût en CHF de vos dépenses en devise augmente. Pour une PME qui facture en euros avec un délai de paiement de 60 jours, comme pour une ONG qui transfère des fonds trois mois après les avoir reçus, ce décalage temporel crée une fenêtre d’exposition. 

Le risque de conversion 

Il concerne la traduction en francs suisses des états financiers d’entités étrangères, qu’il s’agisse d’une filiale commerciale ou d’un bureau terrain. Même sans mouvement de fonds, la variation des taux de change entre deux clôtures modifie la valeur des actifs, des passifs et des résultats dans les comptes consolidés. Selon les Swiss GAAP RPC 30, ces écarts de conversion sont portés dans les fonds propres, ce qui peut affecter la solidité apparente de votre bilan. 

Le risque économique 

Le plus insidieux. Il touche la compétitivité et la viabilité à long terme de votre organisation. Si le franc s’apprécie durablement, vos coûts de siège (salaires, loyers, infrastructure) augmentent en termes relatifs par rapport à vos revenus ou activités en devises. Pour une PME, cela érode la compétitivité-prix face à des concurrents de la zone euro. Pour une ONG, c’est la structure même du rapport entre coûts administratifs et dépenses de programme qui se déséquilibre. 

Le taux interbancaire : votre boussole de référence

Lorsque vous effectuez une opération de change, le taux qui vous est proposé par votre banque n’est presque jamais le taux interbancaire (aussi appelé « mid-market rate »). Ce taux, celui auquel les grandes institutions financières échangent des devises entre elles, est la référence la plus objective du marché. Il est consultable en temps réel sur des plateformes comme Reuters, Bloomberg ou simplement sur des sites financiers. Aucune obligation légale n’impose aux banques d’appliquer ce taux à leurs clients : elles sont libres de fixer leurs propres conditions, ce qui rend la comparaison d’autant plus importante de votre côté.

La différence entre le taux interbancaire et le taux que vous obtenez effectivement constitue la marge de change de votre intermédiaire. Cette marge peut varier considérablement d’un établissement à l’autre, mais aussi au sein d’un même établissement, selon le canal utilisé (guichet, e-banking, salle des marchés), le montant de la transaction, votre profil client ou encore le moment de la journée.

En pratique, cela signifie que deux collaborateurs d’une même organisation peuvent obtenir des taux très différents pour la même devise, selon qu’ils passent par le guichet de leur agence ou qu’ils contactent directement le desk devises de la banque. Cette réalité, souvent méconnue, mérite une attention particulière.

Premier réflexe : comparez systématiquement le taux proposé au taux interbancaire du moment. Un écart de 0,5 à 1 % peut sembler anodin, mais sur un volume annuel de transactions de CHF 500 000 en devises, cela représente 2 500 à 5 000 francs de surcoût invisible.

Votre partenaire de trading : un allié à bien choisir

Qu’il s’agisse de votre banque principale, d’une banque spécialisée ou d’un prestataire fintech, votre partenaire de trading est un maillon essentiel de votre gestion du change. Et tous les partenaires ne se valent pas.

Avant de vous engager, prenez le temps de vous renseigner. Quelques questions clés à poser :

  • Quel est l’écart moyen entre vos taux et le taux interbancaire ? Un partenaire transparent vous donnera cette information sans hésiter. S’il esquive la question, c’est déjà un signal.
  • Proposez-vous des taux différenciés selon le canal ou le volume ? Négocier un taux « salle des marchés » plutôt qu’un taux « guichet » peut faire une différence significative, surtout pour les montants importants.
  • Quels instruments de couverture proposez-vous ? Opérations à terme, swaps, options : votre partenaire doit être en mesure de vous proposer des solutions adaptées à votre profil, pas uniquement le change au comptant.
  • Quels sont vos frais annexes ? Commissions de transfert, frais de correspondant, marges sur les conversions automatiques : les coûts cachés peuvent s’accumuler rapidement.

Il peut également être judicieux de travailler avec plusieurs partenaires et de comparer régulièrement leurs conditions. Au-delà de votre banque principale, des acteurs spécialisés comme Telexoo ou b-sharpe proposent des services de change en ligne avec des taux souvent plus proches de l’interbancaire que ceux pratiqués au guichet bancaire. Ces plateformes, régulées en Suisse, permettent d’exécuter des opérations de change de manière simple et transparente, avec une visibilité claire sur la marge appliquée. La mise en concurrence, même ponctuelle, maintient une pression saine sur les taux pratiqués par l’ensemble de vos partenaires.

Attention : tous les taux ne se valent pas, même chez vous

C’est l’un des pièges les plus courants et les moins documentés. Au sein d’un même établissement bancaire, plusieurs taux de change peuvent coexister simultanément. Le taux affiché sur votre plateforme d’e-banking, le taux appliqué à un virement international au guichet, le taux négocié par téléphone avec la salle des marchés et le taux de conversion automatique de votre carte de crédit professionnelle peuvent tous être différents.

Ces écarts s’expliquent par des structures de marge distinctes selon les canaux, des mises à jour de taux à des fréquences différentes et des niveaux de service variables. Le résultat : une même transaction, exécutée via deux canaux différents le même jour, peut coûter sensiblement plus ou moins cher.

Concrètement, voici ce que cela implique pour votre organisation :

  • Centralisez vos opérations de change. Désignez une personne ou un service responsable de toutes les conversions, plutôt que de laisser chaque département gérer ses propres transactions.
  • Privilégiez le canal le plus compétitif. Pour les montants significatifs (dès CHF 10 000), contactez systématiquement le desk devises ou la salle des marchés de votre banque plutôt que de passer par l’e-banking.
  • Documentez vos taux. Conservez une trace du taux interbancaire au moment de chaque transaction pour pouvoir calculer la marge réellement appliquée et comparer dans le temps.
  • Évitez les conversions automatiques. Les conversions automatiques sur les comptes multidevises ou les cartes de crédit appliquent souvent des marges plus élevées que les taux négociés directement. Préférez les conversions manuelles et planifiées.

Cinq réflexes pour reprendre le contrôle

Quelle que soit la taille de votre organisation, ces cinq réflexes constituent un socle de bonne gestion du risque de change.

  • Mesurez votre exposition nette. Pour chaque devise, calculez le solde entre vos recettes et vos dépenses prévisionnelles. C’est le point de départ de toute stratégie de change.
  • Simulez l’impact d’une variation de 5 % ou 10 %. Ce simple exercice de sensibilité permet de mesurer l’enjeu en francs et de décider si une couverture est nécessaire.
  • Restez collé au taux interbancaire. Faites-en votre référence systématique. Comparez chaque taux proposé au mid-market rate, et n’hésitez pas à négocier.
  • Réduisez le décalage temporel. Plus le délai entre la réception des fonds et leur utilisation en devise est long, plus l’exposition est importante. Accélérer les transferts est souvent la mesure la plus simple et la plus efficace.
  • Portez le sujet au niveau stratégique. Le risque de change ne doit pas rester cantonné au service comptable. Il mérite une politique claire, validée par la direction ou le conseil, avec des seuils de tolérance et des procédures définies.

Un enjeu de transparence et de gouvernance

Le risque de change n’est pas seulement un problème de gestion interne. C’est aussi une question de transparence envers vos parties prenantes. Pour une ONG, les pertes de change apparaissent dans le résultat financier et peuvent susciter des questions de la part des donateurs ou de l’organe de révision. Pour une PME, elles impactent directement la rentabilité et doivent être communiquées aux actionnaires. Pour un groupe, les écarts de conversion peuvent modifier significativement l’image des fonds propres consolidés.

Intégrer le risque de change dans votre reporting interne, dans vos rapports annuels et dans vos discussions de gouvernance, c’est démontrer une gestion financière responsable et professionnelle. C’est aussi le meilleur moyen d’éviter les mauvaises surprises en fin d’exercice.

Prendre conscience, c’est déjà agir

Le risque de change fait partie intégrante de la réalité financière de toute organisation suisse ouverte sur l’international. L’ignorer, c’est accepter que des ressources précieuses s’évaporent silencieusement à chaque fluctuation du marché. En prendre conscience, c’est se donner les moyens d’agir : en mesurant son exposition, en choisissant les bons partenaires, en restant vigilant sur les taux pratiqués et en intégrant le change dans ses processus de décision. 

Le premier pas ne coûte rien : identifiez vos flux en devises sur les douze derniers mois, comparez les taux obtenus au taux interbancaire, et mesurez ce que ces écarts ont réellement coûté à votre organisation. Le résultat pourrait bien changer votre façon d’aborder la prochaine opération de change. 

 

Cet article a une vocation purement informative. Il ne constitue en aucun cas un conseil en placement ni une recommandation financière. Les entreprises mentionnées le sont à titre illustratif. Nous recommandons de consulter un professionnel qualifié pour toute décision liée à la gestion de vos opérations de change. 

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